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Franchise : « L’avenir est en région »

 
5 juin 2024 | Par Agathe Pinault

Le Conseil Québécois de la Franchise (CQF) fête ses 40 ans cette année. Créé en 1984 sous le nom de Conseil National des Franchises et des Partenariats (CNFP), l’organisme a pour but de représenter les différents modèles d’affaires de la franchise. Justement, les restaurants sont nombreux en franchise, ainsi que certains hôtels. Entretien avec le président-directeur général du CQF, Xavier Chambon.

HRImag : Quelle est la place de la franchise au Québec ?

Xavier Chambon : Les trois axes stratégiques pour le CQF, c’est la franchise comme moteur d’économie régionale, comme solution pour le repreneuriat ou l’entreprenariat encadré, et comme moyen d’aller développer le savoir-faire à l’extérieur du Québec.

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La franchise compte énormément : c’est 19,5% du PIB du Québec et 80 milliards de dollars de chiffre d’affaires. C’est donc vraiment important qu’on puisse véhiculer que c’est aussi le tissu économique du Québec. Toutes ces petites Québec Inc. ont créé 325 000 emplois répartis partout sur le territoire. Chaque Québec Inc. est une goutte d’eau qui fait des rivières.

Comment ont évolué les franchises en 40 ans ?

En comparant les chiffres de 2011 à ceux de 2022, on observe que c’est l’un des secteurs le plus résilient, qui croit de 6 à 8% par année. Le taux de faillite en franchise est deux fois moins élevé que pour un commerce indépendant traditionnel. On voit des évolutions, c’est un secteur qui a beaucoup progressé.

Ce qui a le plus changé en 40 ans, c’est la relation entre franchiseur et franchisé. Avant, le franchiseur était tout puissant et le franchisé ne pouvait rien dire. Puis dans les années 1990 à 2000, un équilibre s’est créé. Les franchisés se sont un peu rebellés et ont eu plus de considération de la part des franchiseurs.

Aujourd’hui, on est en général dans l’ère de l’interdépendance entre le franchiseur et le franchisé. Il n’y a pas que le franchiseur qui doit faire de l’argent, mais aussi le franchisé. Il doit y avoir un bon équilibre gagnant-gagnant pour du long terme.

Quelle part des franchises représente le secteur des HRI ?

Sur les 80 milliards de dollars de chiffre d’affaires, 11 milliards proviennent de l’alimentation (épiceries et boulangeries notamment) et 7 milliards de la restauration. Le secteur de la restauration représente en effet 23% des réseaux de franchise québécois et 9,8% du chiffre d’affaires. C’est 5477 restaurants en franchise, dont 3200 dans le sous-secteur de la restauration rapide. L’image qu’on a de la franchise, c’est le McDonald’s ou le Tim Hortons, mais il n’y a pas que ça. L’hôtellerie est moins importante, avec 650 millions de dollars de chiffre d’affaires.

Quels sont les avantages d’être une entreprise franchisée ?

Il y a une baisse de l’entrepreneuriat partout au Canada depuis une vingtaine d’années. Pour la première fois, le repreneuriat est passé devant l’entrepreneuriat au Québec, et donc l’une des solutions à l’entrepreneuriat est de se lancer, mais pas tout seul : on parle beaucoup d’entreprenariat encadré. Il y a différentes raisons pour lesquelles l’entrepreneuriat baisse : un vieillissement de la population, des difficultés de se lancer en affaires avec le financement, trouver son concept, etc.

Le modèle d’affaires de la franchise est intéressant parce qu’il permet d’aller plus vite sans investir. C’est quelqu’un d’autre qui investit pour vous : vous avez un bon concept, qui a fait ses preuves, et il est duplicable. Donc plutôt que de mettre beaucoup d’argent pour investir vous-même, vous partagez les risques et vous faites investir des franchisés, qui eux y trouvent un intérêt, parce qu’ils n’ont pas à se casser la tête, le concept existe déjà.

Y a-t-il des contraintes ?

Les franchises, ce sont des bâtisseurs de marque. Un franchisé investit dans une franchise, et va donc bâtir une valeur avec une marque qui ne lui appartient pas. Le franchiseur doit tout faire pour préserver cette marque, faire en sorte qu’elle soit bien contrôlée auprès de tout son réseau. C’est pour ça qu’il y a des contrats de franchise, afin de protéger les franchisés et le franchiseur.

Le franchisé doit faire en sorte d’appliquer la recette et de continuer dans sa région, faire en sorte que la marque ne se dévalorise pas. Et c’est un enjeu aujourd’hui avec les réseaux sociaux, le service à la clientèle, etc. Les standards d’une franchise doivent être les mêmes partout de façon à ce que l’expérience client soit la plus positive et bénéfique possible pour le client, qu’il soit à Sorel, à Québec ou encore à Montréal.

Quels sont les défis que rencontre une franchise ?

Ce sont à peu près les mêmes que pour les entreprises traditionnelles, dans le sens où on subit aussi l’inflation. Pour le prix des matières premières, le franchiseur a le même problème, sauf que comme il achète en volume, c’est plus avantageux que s’il était tout seul.

Il y a aussi la difficulté à trouver de la main-d’œuvre qualifiée, particulièrement dans les régions éloignées. Le défi, c’est aussi le repreneuriat. Il y a des entreprises qui arrivent en fin de contrat, après 15 ou 20 ans en franchise, alors il faut qu’elles trouvent des repreneurs. Il y a le défi du financement aussi, surtout dans la restauration.

Ce sont des modèles qui ne sont pas non plus fait pour tout le monde, parce que quand on est trop entrepreneur, si on est un chef, c’est difficile de rentrer dans une recette qui a déjà été trouvée. Mais quand il y a un bon mariage, ça fonctionne bien.

Comment aidez-vous les franchiseurs ?

Notre objectif est de transmettre les meilleures pratiques de ce qui existe dans la franchise. Ça veut dire être capable de transmettre un réseau de professionnels qualifiés - banques, comptables, fiscalistes, avocats, etc. -, des personnes capables de faire grandir les franchisés et les franchiseurs dans leur évolution.

On a trois niveaux. Dans le cas d’un franchiseur émergent, on va le pousser sur la formation et l’aider à réseauter et à créer sa franchise. Celui qui est en croissance a davantage de problématiques en gestion de croissance, il faut voir dans quel territoire il veut se développer. Et pour celui qui est mature, qui a fait le tour du Québec, il s’agit plutôt de créer des ponts avec l’Ontario, les États-Unis et l’Europe.

La formation est aussi un axe très important pour nous. On a créé une certification collégiale avec le cégep Garneau de Québec et le collège Montmorency de Laval pour tout ce qui est gestion et acquisition d’une franchise. Cette formation va permettre de professionnaliser davantage de gens qui voudraient se lancer en franchise - mieux négocier, bien connaître le monde d’affaires -, mais aussi des gens qui sont déjà dans les franchises et qui voudraient prendre une franchise, comme des opérateurs. C’est 72 heures de cours ; ça ne s’est jamais fait. La formation sera lancée le 1er juin.

On a aussi toute une branche d’activités de réseautage qui permet aux gens de partager leurs expériences, comme notre forum des franchises, édition Saguenay, qui a lieu fin mai.

Pourquoi avoir choisi de faire un forum spécifiquement au Saguenay ?

Après la pandémie, Promotion Saguenay - l’organisme qui gère l’activité économique locale - m’a contacté pour me dire que beaucoup d’indépendants avaient fermé à cause de la pandémie, et ils pensaient que la franchise pourrait redynamiser le centre-ville. Alors on s’est dit que ce serait bien de créer un forum.

C’est trois jours de sommet autour de la franchise, avec du réseautage, des rencontres avec des promoteurs immobiliers et des soirées avec la mairesse et les élus locaux. C’est vraiment un bain dans l’écosystème, pour faire en sorte de « démontréaliser » la franchise et de l’amener en région. Il y a un potentiel énorme pour certaines franchises de se différencier en région. Comme disait ma grand-mère, mieux vaut être numéro 1 dans un village que numéro 10 en ville.

Si l’édition au Saguenay fonctionne bien, on pourra ensuite aller à Sherbrooke, en Estrie, dans les Laurentides, en Abitibi, etc. L’idée, c’est de faire des salons régionaux pour rapprocher les franchiseurs des régions, parce que l’avenir est là. L’idée, c’est vraiment de créer un premier mouvement. Et puis, à l’occasion des 40 ans du CQF, c’est bien de pouvoir se déplacer et d’aller amener la franchise ailleurs.

Observe-t-on une concentration de franchises à Montréal, au dépend des régions ?

La première région en franchise, c’est la Montérégie. Elle est devant Montréal en termes de revenus et d’emplois. La franchise est très développée en région. Mais enlevez St-Hubert, Jean Coutu et toutes les bannières que vous pouvez trouver sur la route lorsque vous êtes hors de Montréal, et il ne restera plus grand-chose. C’est logique parce que plus on est urbain, moins on est bannière, et plus on est à l’extérieur, plus on a envie d’avoir le standard. Quand on s’arrête sur l’autoroute, c’est des Tim Hortons.

Comment envisagez-vous l’avenir des franchises ?

Sur les 40 dernières années, le modèle d’affaires de la franchise s’est considérablement développé dans les différents secteurs et traverse un peu mieux les crises, parce qu’on n’est pas tout seul et qu’on peut avoir de l’aide de son franchiseur quand il y a de la difficulté.

Le taux de pénétration en franchise au Québec n’a pas atteint sa limite du tout, parce qu’il y a encore beaucoup d’indépendants. En Ontario, 8 commerces sur 10 sont en franchise, c’est énorme. Ici, c’est 4 commerces sur 10. Il y a donc beaucoup de potentiel de création et de reprise en franchise.

À lire aussi : Jean Bédard : « La force d’un réseau réside dans le fait que l’on s’unisse et s’entraide »

Mots-clés: Québec (province)
Franchise
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